mardi 10 juin 2014

Lettre ouverte à mme la ministre de la culture...Pour ne pas crever sans se battre!

Je publie ici la lettre ouverte que nous, auteurs de BD, avons envoyé ce matin à la ministre de la culture, dont nous dépendons.
A la suite de cette lettre, dans le document original, se trouvent rassemblés près de 800 noms d'auteurs, certains très connus,; il est temps qu'on se rassemble,et qu'on soit solidaires les uns des autres...Pour ceux que ça intéresse, vous trouverez certainement les infos sur les réseaux sociaux et notamment sur le site du SNAC, notre syndicat.


Madame la Ministre,
Le temps est-il venu de nous dire adieu ?
Depuis des années, sans bruit, sans révolte, nous survivons par passion pour notre métier, pour nos histoires et ceux qui les lisent, mais aujourd'hui, nous voyons notre fin approcher et nous refusons de nous y résigner.
À cela s'ajoute la paupérisation croissante qui frappe les auteurs, que ce soit au travers des baisses d'avances ou de pourcentages, ou par l'apparition de formules numériques illimitées qui ne rémunéreront personne, sinon les diffuseurs.
Alors qu'il semblait impossible d'aggraver davantage la situation, le RAAP vient de nous annoncer abruptement, par simple courrier et sans consultation d'aucune sorte, qu'à compter de janvier 2016 nous allions devoir cotiser à hauteur de 8 % de nos revenus pour financer notre retraite complémentaire obligatoire. Actuellement les auteurs peuvent cotiser à cet organisme privé en ne versant qu’une cotisation minimale de 200 € par an.

Madame, nous vous prions de considérer avec gravité cette dernière raison de notre juste colère autant que de notre dégoût. Dans quel autre métier inflige-t-on des baisses de revenus aussi importantes à des travailleurs déjà fragilisés ? Des « travailleurs de l'esprit » qui ne bénéficient d'ailleurs pas des avantages que peut offrir le régime général (chômage, congés payés, 13e mois)...
En mars dernier, à l'occasion du Salon du Livre de Paris, le Conseil Permanent des Écrivains avait tiré la sonnette d'alarme, exposant de nombreux motifs d'inquiétude sur l'avenir immédiat de notre profession.
Cette réforme soudaine et irréfléchie, les auteurs n'en veulent pas. Ils la rejettent au motif premier qu'elle est INACCEPTABLE autant qu’inapplicable.
Même si nous sommes évidemment favorables à un système solidaire des retraites, et ne sommes pas à ce titre opposés à une réforme juste, mesurée et concertée, croyez-vous que les auteurs pourront, en plus de leurs autres sacrifices, se priver de 8 % de leurs revenus afin de s'acquitter de nouvelles cotisations sociales ? Ceci représente l'équivalent de presque un mois de revenus, alors que la plupart d'entre eux ne gagnent pas assez pour payer des impôts et peinent à boucler leurs fins de mois. Nous vous rappelons, Madame la Ministre que le revenu de la moitié des auteurs de BD se situe (hélas) bien en dessous du SMIC. Il est urgent que cette réalité soit prise en compte, avant de réformer quoi que ce soit.
Depuis l'annonce de cette réforme, des auteurs, certains très précarisés, d'autres ayant vendu des centaines de milliers de livres, ont déclaré qu'ils abandonnaient le métier. Ils sont écœurés, fatigués et ne croient plus en des lendemains meilleurs alors qu'ils sont les premiers acteurs, et pourtant les plus mal lotis, de la chaîne du livre. Au rythme où vont les choses, leur exemple sera bientôt suivi par de nombreux confrères.
Dans un pays où le taux de chômage est croissant, nous créons notre propre emploi. Mieux, nous sommes à l'origine de milliers d'autres. Sur le plan économique, l'industrie culturelle est la quatrième plus rentable de France, comme votre ministère s'en est récemment enorgueilli. Sans parler de la vitrine qu'il représente à l'étranger, le marché du livre représente 80 000 emplois et 5,6 milliards d'euros. NOUS, AUTEURS, sommes à l'origine de cette richesse, de cette dynamique.
Nous demandons dès à présent la suspension de l'application de cette réforme et nous vous invitons à réfléchir et à faire réfléchir AVEC NOUS à la meilleure façon de conduire cette réforme de financement des retraites complémentaires pour qu'elle aille dans le sens d’un réel progrès social. La piste qui nous apparaît comme la plus évidente serait d’envisager un réel financement de la couverture sociale des auteurs par les acteurs de la chaîne du livre qui bénéficient le plus du travail de ces professionnels, comme c'est le cas dans d'autres domaines artistiques. À titre d’exemple, pour le RACD, les producteurs financent en partie la cotisation des auteurs, sans affecter le niveau des rémunérations nettes.
Notre lettre exprime les opinions majoritaires du monde de la bande dessinée, opinions partagées par bien des artistes et des écrivains avec qui nous comptons agir très prochainement.
Les auteurs signataires de cette lettre souhaitent, isolément ou à travers les représentants de leurs organisations professionnelles, engager une action de concertation constructive avec leurs
interlocuteurs (Ministères concernés, RAAP, Agessa/MDA, SNE...), à partir du moment où des
garanties d'écoute réciproque existent.
Dans le cas contraire, nous envisageons, dès septembre 2014, l'organisation d'actions collectives et
médiatiques de blocage ou d'opposition par toutes les voies légales autorisées.
Les idées ne manquent pas. Après tout, c'est notre métier. Les auteurs. 

dimanche 25 mai 2014

Un séisme secoue en ce moment notre profession, et je tiens à m' en faire l'écho...Voici une lettre que j'ai envoyé à notre régime de retraite complémentaire, obligatoire, qui vient de changer les règles du jeu, passant sans concertations d'un système où l'on avait le choix entre 5 classes de cotisations, à un prélèvement de 8% de nos revenus ( les revenus pris en compte sont ceux avant les versements des cotisations de sécurité sociale)...


Monsieur le président ( j'ai un peu de mal à vous appeler cher confrère),

j'ai, comme tous les auteurs de bandes-dessinées, reçu votre courrier nous informant de la prochaine augmentation de notre cotisation;
il va falloir que je la savoure à sa juste valeur;
elle appelle d'ors et déjà 2 remarques, l'une sur la forme, l'autre sur le fond.
Sur la forme, votre lettre est insultante.
Faire passer cette augmentation obligatoire pour de la sollicitude à notre égard, clamer la main sur le coeur que vous vous souciez de nos vieux jours et que vous hypothéquez notre présent pour assurer notre futur, c'est malvenu.
Comme si vous ignoriiez que la majorité des auteurs de BD cotisent à la classe spéciale non par avarice ou imprévoyance, mais parce qu'ils ne peuvent débourser plus!
( si vous l'ignorez, c'est aussi grave: je suggère en ce cas au conseil d'administration dans son entier de mettre le pied dans la vraie vie et d'aller à la rencontre des personnes-nous- dont il est censé défendre les intérêts!!)
Sur le fond,le contenu de votre lettre est symptomatique de l'époque et de la société dans laquelle nous vivons: on privilégie non pas celui qui crée ou qui produit, mais celui qui sert d'intermédiaire; les grands éditeurs se portent fort bien, merci pour eux!
Finalement, par cette augmentation des cotisations, vous allez peut être réussir une seule chose: celle de nous fédérer.
Il serait temps!

Isabelle Dethan


Pour tous ceux qui ne sauraient pas de quoi je parle, je me suis permis de faire suivre la lettre ouverte d'Eric Wantiez, qui résume assez bien notre situation professionnelle ...

Lettre ouverte aux lecteurs...
24 mai 2014, 11:24
A partir du 1° janvier 2016, nos charges sociales vont augmenter d'une façon extrêmement importante, sans aucune amélioration de la couverture sociale. Être auteur ce sera laisser 23% de son revenu en charges sociales. Comme un salarié, en gros.

Mais l'auteur n'est pas "comme un salarié".

L'auteur n'a pas de congés payés, pas de droits au chômage, pas de tickets restaurants, pas de mutuelle. En échange de ses 23% il n'a qu'une couverture sociale minimum, une future pension de retraite dérisoire et une retraite complémentaire qui, de l'aveu même de la caisse qui gère ça, est en moyenne de 1500 € par an.

L'auteur paye le loyer, l'électricité, le chauffage, l'assurance, la femme de ménage de son lieu de travail. Il paye son ordi, son imprimante, son scanner, ses photocopies; son accès internet, son téléphone pro, ses stylos, ses pinceaux, son bureau, sa chaise, la machine à café et les bouquins pour la documentation. Heureusement, il pourra royalement déduire 10% pour frais professionnels sur sa feuille d'impôts...

L'auteur trouve lui même son "employeur". Pour cela, il monte à ses frais des dossiers de présentation qu'il envoie à ses éditeurs préférés, à ses frais toujours. Les projets dont personne ne voudra auront demandé des mois de travail sans aucune rémunération et finiront dans un tiroir oublié ou à la corbeille. Il est de plus sans cesse à la merci de l'arrêt de sa série sans même qu'on lui ait donné une chance de s'imposer auprès des lecteurs, à cause d'un changement de directeur de collection, ou de politique éditoriale, ou de je ne sais quoi d'autre.

L'auteur un tant soit peu reconnu court les festivals pour y faire des dédicaces. Sans aucune rémunération, là encore. On l'invite, bien sûr, on le nourrit, on le loge et on lui paye les frais de déplacements sur les festivals, mais il ne touche rien pour les heures passées à signer ses œuvres.

En BD ou en livre jeunesse où il y a la plupart du temps 2 auteurs, le scénariste et le dessinateur auxquels il faut parfois ajouter le coloriste, l'auteur touche entre 4 et 5% de droits d'auteurs.
C'est pas beaucoup ! Sur une BD à 15 €, ça fait entre 0,60 et 0,75 €. Enlevons les charges sociales, ça donne entre 0,49 et 0,61 €. Pour atteindre le montant d'un smic, il doit donc vendre entre 1.851 et 2.304 livres par mois... Sur l'année entre 22.212 et 27.648 livres.
Et bien sur, sur ce smic, restent à retirer tous les frais des paragraphes 2 et 3 de cet article...

Voilà... Voilà pourquoi nous avons peur de mourir. Voilà pourquoi nous sommes en colère.
Nous ne savons pas quoi faire.
S'unir et agir ? Oui, mais nous sommes si peu nombreux ! Qui nous entendra ?
Changer de métier ? Mais c'est que nous l'aimons, ce métier, suffisamment pour le faire depuis des années en ne gagnant pas grand chose.
Diversifier nos activités ? Mais c'est que nous en faisons, des heures et qu'à part en inventant la journée de 30 heures, ce n'est pas vraiment possible.

Alors vous, les lecteurs, aidez nous à survivre.
Parce les livres, ça nous fait vibrer, rêver, rire, pleurer...
Vivre quoi...



lundi 31 mars 2014

Décor de couverture...



Je n'ai pas été très active, ces dernières semaines sur ce blog...
Il se trouve qu'on m'a demandé de fournir les visuels pour la couverture du tome 3 des Ombres du Styx - ci-dessus, le décor du fond, qui reprend des éléments de l'architecture funéraire tripolitaine des premiers siècles, ce qui cadre bien avec le titre de cet album: " In Mémoriam "...

En parallèle, je cogite sur mes projets futurs: tous estampillés "antiquité", le premier en est à la phase contrats, le second à la phase "dossier à envoyer aux éditeurs", le troisième à la phase "rédaction du scénario" ( dès que je signe les contrats, hop, je montrerai des recherches et des planches...), le quatrième à la phase "je me prends le chou avec mon coauteur Mazan sur le découpage de Mimo II". 
A ceux qui s'étonneraient d'un tel déploiement d'énergie sur des dossiers encore virtuels, je répondrai que j'adore changer de sujet ( ça évite l'ennui!), et que, comme tous les auteurs, n'ayant pas droit aux allocations chômage, j'anticipe! 

samedi 1 mars 2014

vendredi 28 février 2014


Allez, encore un petit tour dans l'eau - après quoi, je m'intéresserai aux bottes et couvre-chefs ( vu le temps qu'il fait, ce sera d'actualité...)


vendredi 21 février 2014

Décomposé de planche...






Me voilà bientôt à la fin de mon tome 3 des Ombres du Styx...
Comme je travaille en couleurs directes, je n'ai généralement aucune trace des étapes intermédiaires.
Alors, pour une fois, j'ai pris le temps de scanner ces différents moments, depuis le crayonné jusqu'à la couleur finale: où l'on voit que je travaille de manière désordonnée et brouillonne, mais c'est ça qui fait le sel de la chose, surtout quand je cleane et que la planche donne l'impression de naître d'elle-même...


Planche 41, donc:









samedi 8 février 2014

Une semaine déjà ( que le festival est fini.)...

...et qu'on a repris une vie normale, avec les mômes et leurs copains à chercher, les factures et les abonnements à résilier ( ah, les opérateurs de téléphonie mobile ou pas et leur robot obtus et redondant!), les courses et les lunettes à changer...Quoi qu'il en soit, bon festival pour moi, si je le mesure à l'aune des projets dont j'ai pu discuter avec les éditeurs et des dessinateurs dont je suis fan. Et le stand du Marquis a connu un franc succès, merci à tous ceux qui sont venus nous voir!
En attendant de pouvoir publier des recherches et des planches de mes prochains albums, voici quelques croquis pris il y a un an et demi, qui me serviront peut être un jour, et sur lesquels je suis retombée en cherchant des dessins de meubles grecs dans mon gros carnet-de-crobarts-d'-objets-antiques-vus-dans -les-musées-et-sites-historiques (que j'appelle aussi mon Petit Catalogue d'Antiquités, ouaip, rien que ça!).




Ce village est le fruit de recherches faites par une bande de passionnés , ils ont ainsi reconstitué à la fois des maisons et des greniers gaulois, mais ont aussi ressuscité des techniques d'artisanat et de combat, sans oublier les nourritures terrestres...